Le Premier ministre libanais Fouad Siniora va demander vendredi le soutien du président russe Vladimir Poutine face à la Syrie et à l'Iran, alliés de Moscou et accusés par la majorité parlementaire libanaise de tirer les ficelles d'un "coup d'Etat rampant" à Beyrouth.
Soumis à rude épreuve depuis le 1er décembre et le début des manifestations de l'opposition pro-syrienne, Fouad Siniora a finalement quitté le Grand Sérail, le siège du gouvernement situé dans le centre de Beyrouth, pour se rendre à Moscou.
Arrivé jeudi soir, M. Siniora, qui effectue ainsi sa première visite en Russie en tant que chef du gouvernement libanais, a clairement affiché son objectif, ce d'autant plus qu'il y est reçu quatre jours avant le président syrien Bachar al-Assad.
"Nous sommes pour la régularisation des relations avec la Syrie. Je pense que la Russie peut exercer une certaine pression dans cette direction", a déclaré M. Siniora, cité par l'agence Interfax. Selon le haut responsable libanais, la Russie a un rôle clef à jouer "non seulement parce qu'elle soutient le Liban, mais également tout le monde arabe, un fait très important pour nous".
Le chef du gouvernement libanais doit rencontrer le président russe à 12H00 GMT, ainsi que le secrétaire du Conseil russe de sécurité Igor Ivanov et des parlementaires. Il s'est entretenu dans la matinée avec le patriarche orthodoxe de toutes les Russie, Alexis II.
Le déplacement de M. Siniora intervient sur fond de crise politique persistante au Liban, où l'opposition pro-syrienne, conduite par le puissant parti chiite Hezbollah, poursuit son mouvement de protestation contre la majorité antisyrienne.
Dans une interview au quotidien britannique Financial Times publiée vendredi, Fouad Siniora a déclaré que les manifestations déclenchées par le Hezbollah, allié de Damas et de Téhéran, "n'ont pas d'avenir" et "ne mèneront à rien". Entre la visite de M. Siniora et le séjour du 18 au 20 décembre en Russie du président syrien Bachar al-Assad, Vladimir Poutine va de nouveau s'attacher à faire valoir la vigueur retrouvée de la politique russe au Proche-Orient.
"La Russie dispose de nouveau d'une position forte dans la région et peut jouer un rôle de médiateur avantageux", estime ainsi Evgueni Satanovskï, le directeur de l'institut du Proche-Orient à Moscou. "Fouad Siniora vient frapper à la porte du seul pays qui dispose de contacts privilégiés avec l'Iran, à la différence des Occidentaux, ainsi qu'avec la Syrie et Israël", ajoute l'analyste.
A Beyrouth, Atef Majdalani, un député libanais favorable à M. Siniora, cité par l'agence Itar-Tass, a d'ailleurs jugé qu'après l'insuccès de la médiation du secrétaire général de la Ligue arabe "tous les regards sont tournés vers la Russie". Avant l'arrivée de M. Siniora, l'ambassadeur du Liban à Moscou avait indiqué que la venue du Premier ministre visait à fournir aux autorités russes des informations "fiables" sur la situation au Liban, a rapporté l'agence Ria Novosti.
A Beyrouth, une source proche du dossier a indiqué jeudi que MM. Siniora et Poutine devraient se pencher plus particulièrement sur la question de la formation du tribunal à caractère international pour juger les coupables présumés de l'assassinat de l'ancien Premier ministre libanais Rafic Hariri.
Cette question est la principale pomme de discorde entre la majorité antisyrienne et l'opposition. La Syrie a été montrée du doigt dans un rapport d'étape de la commission d'enquête internationale sur la mort de Rafic Hariri, créée par la résolution 1595 du Conseil de sécurité de l'ONU.
Commentaires